Equidés : moins de litière à confort égal

Les entreprises équestres seront de plus en plus confrontées à l'augmentation du prix de la litière.L’expérience pratique décrite dans cet article met en évidence une économie de 300 €/cheval/an en combinant un revêtement de sol souple et un paillage réduit. Cette solution n'a pas de conséquences négatives en matière d’ambiance et d’hygiène de l'écurie.

Dans un contexte généralisé de hausse des prix agricoles, les alternatives moins onéreuses à la paille de litière font débat. La paille, sous-produit de la céréaliculture, deviendra en effet probablement plus rare, plus chère et de moindre qualité dans les prochaines années.

Les charges d'alimentation, de litière et de main d’œuvre constituent des éléments essentiels dans le calcul de la rentabilité économique d'une entreprise équestre. En 2011, le prix de la paille a nettement augmenté, parallèlement au prix des céréales et du fourrage grossier. C'est ainsi qu'on a dû payer, dans certaines régions, jusqu'à 140 € la tonne de paille. Même si ces prix record n'ont plus été tout à fait atteints au cours des années suivantes, les litières alternatives sont, depuis lors, très demandées et régulièrement à l'étude.

Toutefois, les solutions alternatives en matière de litière ont également un coût, et si on veut évaluer le montant total de l'entretien du box, il ne faut pas seulement prendre en compte la fourniture de litière, mais aussi les coûts de main d'oeuvre, et éventuellement y ajouter ceux d’élimination du fumier. Dans la quête de nouvelles solutions, il est donc intéressant de ne pas seulement regarder uniquement la litière - et en tant qu’intrant - mais de s’intéresser à l'ensemble du système.

La plupart des chevaux sont logés en box individuel. C'est là qu’ils passent la plus grande partie de la journée, quelquefois jusqu'à 23 heures. La structure du sol d’un box doit remplir des fonctions bien différentes : la couche de litière doit absorber l'urine et fait, en même temps, office de couchage souple avec une bonne isolation thermique. En outre, le sol d'un box doit être suffisamment antidérapant.

La litière ne joue plus qu'un rôle d'absorbant, tandis que le tapis caoutchouc assure l'isolation thermique et la souplesse de couchage.En pratique, un compromis s’est répandu en matière d’entretien régulier du box, entre une litière changée régulièrement et une litière permanente. Dans ce cas de figure, la litière est en général totalement renouvelée au cours d'une semaine. Ainsi, les avantages des deux procédés peuvent être combinés. En ce qui concerne l'utilisation de la paille, on peut donc évaluer le besoin à 10 kg par cheval et par jour, ce qui représente une quantité annuelle de 3,65 t et des coûts mensuels d'au moins 35 €. Quand on utilise des copeaux comme litière, le besoin annuel est évalué à environ 2 t, et les coûts mensuels peuvent être estimés à 40 à 60 €. Il est donc évident que les coûts ne peuvent pas être comprimés uniquement en changeant de matériau de litière. Cependant, il existe une nouvelle approche, fondée sur l'idée de maîtriser le coût de litière de façon fiable en réduisant la quantité de litière utilisée. Dans cet objectif, un revêtement de sol souple, constitué par un tapis de caoutchouc offre pour avantages d'être à la fois mou, antidérapant et isolant. La litière ne sert plus qu’à absorber l'humidité. L'évaluation économique globale intègre non seulement l’achat du matériau, mais aussi la charge de travail.

Pas de détérioration des conditions de logement

Bien évidemment, le critère économique est prépondérant, cependant, il ne faut en aucun cas que les conditions de logement ne se détériorent en raison de considérations économiques.

L'essai en conditions réelles décrit ci-dessous avait pour but de permettre de répondre aux questions suivantes :

- Quelle quantité de litière peut-on économiser en utilisant des tapis de caoutchouc souples ?
- Peut-on, dans ce cas, réduire le coût total de la chape ?
- Quels sont les effets sur l’ambiance et l'hygiène de l'écurie à prendre en compte ?

La qualité de l’ambiance du logement, en termes d’acceptation et de comportement de couchage des chevaux fera l’objet d’un autre travail de thèse de bachelor.

L’expérimentation dont il est question dans cet article s’est déroulée dans une pension pour chevaux située dans le Landkreis [N.D.T.: correspond environ au district] de Constance, pension hébergeant actuellement 50 chevaux. L'écurie dispose de 13 box (taille d’un box : 12 m²) rattachés au manège. L'écurie de climat extérieur est naturellement ventilée par combinaison de l’effet cheminée et de l’effet vent. L’effet cheminée est permis par la toiture inclinée qui recouvre les écuries ainsi que le manège attenant. L’effet vent s’exerce le long de l’allée, entre les deux grandes portes roulantes installées de part et d’autre du manège. Tous les box disposent de portes et de fenêtres percées dans le mur extérieur. Les cloisons en lambris de bois qui séparent les box montent jusqu'à mi-hauteur. Du côté de l’allée, les box sont séparés par un cornadis, installé sur la moitié de la largeur du box, évitant ainsi toute blessure. Ainsi, on peut distribuer le fourrage grossier à manger depuis l'allée de l'écurie.

Pendant la journée, de 10 à 16 heures, les chevaux ont accès au pâturage. En été, l'accès au pâturage est décalé de 12 heures à cause des températures trop élevées. L'entretien des box a lieu de 10h à midi. Les chevaux de ladite écurie sont des chevaux dits "retraités". Cela signifie qu'ils ne sont pas utilisés comme chevaux de selle et que toute influence due à une utilisation équestre est donc exclue.

Souple, chaud et antidérapant

Pour tenir compte de l’effet des variations climatiques saisonnières, l’essai s’est déroulé sur quatre périodes au cours des cinq mois de la durée totale de l'expérience : mars/avril litière réduite sur tapis de caoutchouc - litière renouvelée avec copeaux sur béton; juin/juillet litière renouvelée avec copeaux sur béton - litière réduite sur tapis de caoutchouc. Pour les modalités de l'essai avec réduction de la quantité de litière, les box étaient revêtus de tapis de caoutchouc d'une épaisseur de 3 cm, nettement profilés sur le dessous. Ces tapis de caoutchouc ont fait leurs preuves en élevage bovin depuis de nombreuses années.

Pendant cette expérience, les box étaient garnis de copeaux dépoussiérés. Le 13ème box faisait office de box témoin et était revêtu, pendant toute l'expérience, de tapis de caoutchouc souples, ce qui permettait d'observer les éventuels effets à long terme en matière d’hygiène sous les tapis de caoutchouc. Les fonctions antidérapantes, d'isolation et de souplesse étaient assurées par ce revêtement de sol souple. Ainsi, la litière n’avait plus pour seule fonction que d'absorber l'urine.

La quantité de litière nécessaire dépend de la capacité d'absorption du matériau utilisé, de la quantité d’urine émise quotidiennement par le cheval et de son temps de séjour dans le box. La quantité d'urine varie selon la taille du cheval, le type et la quantité du fourrage et l'eau bue. Dans cette expérience, nous avons calculé une quantité d'urine de 10 l. d'urine par jour en moyenne.

Étant donné que les chevaux ont accès au pâturage pendant six heures par jour, la quantité d'urine à absorber dans les box s'élève à 7,5 l. Dans ces conditions, on a besoin d'une quantité de litière d'environ 4 kg de copeaux (supplément de sécurité inclus) par cheval et par jour. Pour les box d'une taille de 12 m², il en résulte donc une hauteur de litière d'un centimètre sur le revêtement élastique du sol. Le système classique reposait sur le procédé de litière échangée, couramment en vigueur dans les écuries, avec une hauteur de litière d'environ 8 à 10 cm (voir schéma ci-dessous).

 

 

L’hébergement de chevaux dans des box, couramment pratiqué dans les écuries, est tenue pour responsable de beaucoup de maladies respiratoires, à cause de la qualité insuffisante de l'air. Les chevaux, animaux originaires des steppes, ont un grand besoin d'air frais. Pour la détention de chevaux dans des box individuels, seule une bonne gestion de l'écurie et de l’ambiance permet de répondre à ces exigences. Dans le cadre de cette expérience, nous avons mesuré la teneur en ammoniac, le niveau d'hygiène, la poussière et la température comme facteurs significatifs d’ambiance de l'écurie à l'échelle chimique, physique et biologique.

Le comportement, et particulièrement le comportement de défécation de chevaux dans des box individuels est très divers. Certains chevaux créent une zone à déjections et maintiennent leur box plus propre que d'autres, qui au contraire mélangent leurs excréments de façon intensive à leur litière. Ce fait a été considéré en mesurant le box subjectivement le plus "propre" au plus "sale", pour intégrer toute la diversité du degré de salissure.

Les concentrations les plus élevées se trouvent au sol

L'ammoniac est incolore, d'odeur âcre et se comporte chimiquement comme une base faible. Il s'agit d'un gaz toxique, irritant et facilement soluble dans l'eau. La plupart de l'ammoniac est formé par des bactéries anaérobies et aérobies à partir de l'urée. Dans ce procédé, l'uréase catalyse la formation d'ammoniac à partir de l'urée liquide. L'ammoniac a une masse moléculaire et une densité plus faibles que l'air. Cependant, si la ventilation dans les écuries est insuffisante, les concentrations les plus élevées se trouvent au sol. Il en résulte que les chevaux sont couchés, le cas échéant, dans un nuage d'ammoniac. Lors de notre expérience, la teneur en ammoniac a été mesurée en continu avec un capteur électrochimique. Pour mesurer la concentration d'ammoniac ayant une influence sur un cheval couché dans son box, un capteur de mesure a été installé à une hauteur de 30 cm, c'est à dire à la hauteur des narines d'un cheval qui dort sur le ventre.

Pour exclure les effets de température ayant des impacts sur les résultats, une plage de température a été définie pour chacune des deux parties de l'expérience. Pour les mois de mars et avril, la plage de température dans l'écurie allait de 5 à 10 °C et pour les mois de juin et juillet, entre 15 et 20 °C.

La concentration d'ammoniac a été mesurée dans l'écurie naturellement ventilée, c'est pourquoi nous ne connaissons pas les débits volumiques d'air. Pour cette raison, les résultats n'ont qu'un caractère indicatif. Ce qui est décisif, c'est que toutes les valeurs mesurées se trouvaient nettement en dessous de la valeur limite de 10 ppm.

La configuration ''tapis caoutchouc + litière réduite'' diminue un peu les concentrations d'ammoniac, tandis que les poussières en suspension augmentent un peu, par rapport à la configuration classique.Au cours de la période de températures plus fraîches, la concentration d'ammoniac était si faible qu'elle se trouvait le plus souvent en dehors de la plage mesurable. Les différences calculées entre les deux systèmes, même significatives, n'étaient pas représentatives. En été, la concentration d'ammoniac était nettement plus élevée dans la modalité de l’essai avec litière renouvelée que dans les box avec litière réduite. Le léger avantage du système de tapis de caoutchouc à litière réduite est probablement dû au fait que cette configuration s'avère être généralement un peu plus sèche et que moins de matière organique demeure dans le box.

La charge bactérienne sur le sol de béton, sur ou sous le tapis de caoutchouc nous intéresse afin de vérifier si un développement bactérien exponentiel est permis par un revêtement de sol composé de couches multiples, ce qui pourrait favoriser le développement de certaines maladies comme, par exemple, la pourriture de la fourchette.

La quantité totale de bactéries, d'entérobactéries, de levures et de moisissures a été mesurée dans chaque box à trois endroits. Dans chaque box avec revêtement de sol, nous avons prélevé un échantillon sur le revêtement de sol et un échantillon en dessous de celui-ci. La concentration d'urine en dessous des tapis pourrait laisser supposer que la charge bactérienne augmente dans le box individuel. Cependant, les mesures ont montrées qu'au contraire, le système à tapis de de caoutchouc et litière réduite conduit à une légère réduction de la charge bactérienne.

Une tendance à l'amélioration de l'hygiène

On peut donc en déduire qu’avec une quantité réduite de matière organique dans la litière, l'hygiène de l'écurie en est améliorée dans une certaine mesure et que la concentration d'urine en dessous des tapis de caoutchouc n’a aucune influence sur la charge bactérienne sur et en dessous des tapis. Ce résultat est également corroboré par les mesures réalisées dans le box témoin (équipé en permanence d'un tapis caoutchouc). Ainsi, les résultats de cette expérience prouvent qu'il ne faut pas s'attendre à long terme à des effets négatifs sur le plan de la pression bactérienne.

Les poussières sont des particules de substances solides dispersées si petites qu'elles restent un certain temps en suspension dans l'air avant de retomber sur le sol. Les particules de poussière sont, selon les endroits où elles sont théoriquement déposées, réparties en trois classes. Le premier groupe étant la fraction inhalable. Il est défini comme l'ensemble des particules en suspension dans l'air qui sont inhalées par la bouche et par le nez (<100 μm). La fraction thoracique comprend toutes les particules qui pénètrent dans les poumons (<10 μm). Enfin, les particules qui pénètrent jusqu’au fond de nos poumons, les alvéoles, font partie de la fraction alvéolaire (<5 μm).

Alors que les niveaux de concentration d'ammoniac et la charge bactérienne sont inférieurs avec le nouveau mode opératoire, nous avons constaté en revancge une légère augmentation des niveaux de concentration de poussière dans les box à litière réduite par rapport au procédé classique. Cela s'explique par le fait que cette litière est nettement plus sèche qu'en paillage classique. La teneur en poussière moyenne est de 20,74 μg/m³ dans le cas de la litière épaisse, avec un écart type de 12. La teneur en poussière moyenne est de 25,61 μg/m³ dans le cas de la litière réduite, avec un écart type de 30.

Lors de cette expérience, la teneur en poussière pour les particules inférieures à 10 μg/m³ reste dans les deux systèmes généralement nettement en dessous de la valeur limite indiquée dans les ouvrages spécialisés (4 mg/m³).

Travail d'astreinte

Pour l'entretien quotidien d'un box individuel, il faut intégrer un temps de travail d’astreinte de 30 à 70 heures de travail/animal/an. Cette grande variabilité est due aux écarts en termes de distances à parcourir et au différents degrés de mécanisation. Lors de cet essai, le temps de travail nécessaire par box a été mesuré pendant trois jours consécutifs. Pour réaliser cette mesure, un accompagnateur a relevé à l’aide d’un chronomètre le temps nécessaire à l'entretien d’un box. De cette façon, ces mesures n'influençaient ni le déroulement du travail, ni le temps de travail nécessaire.

Le temps de travail constaté par cheval et par box a été extrapolé aux heures de travail par cheval et par an. Pour le calcul économique suivant nous avons utilisé un salaire de 15 € par heure de travail. En hiver, la réduction du temps de travail permise par la réduction des quantités de litière utilisées a été plus nette qu'en été, atteignant presque 30%, contre à peu près 15% dans le deuxième cas.

Dans la modalité classique de litière renouvelée, la quantité de la litière utilisée atteint 2 062 kg par cheval et par an. Dans la modalité avec revêtement souple et quantité de litière réduite, le besoin de litière calculé dans l’essai s'élève à 1 440 kg de litière par cheval et par an. La diminution de litière de 621 kg par cheval et par an correspond à une économie de 30%. En pratique, le prix de copeaux dépend de la quantité commandée et du mode de livraison ; pour notre expérience, nous avons donc utilisé un prix moyen de 7,50 €/balle de 20 kg.

Pour le calcul économique du système examiné, nous avons compté un investissement de 50 €/m² pour le revêtement de sol. En outre, pour un calcul simplifié, nous sommes partis d'un amortissement sur 10 ans et d'un taux d'intérêt de 5%. Compte tenu de l'investissement pour le revêtement de sol souple, des coûts de travail et de la réduction des quantités de litière employée, l'économie pour l'écurie expérimentale se chiffre à 304 € par cheval et par an (détails du calcul ci-dessous).

  litière renouvellée sur sol béton (€/an) litière réduite sur tapis caoutchouc (€/an)
amortissement du tapis de caoutchouc - 72
intérêts du prêt pour le financement du tapis de caoutchouc - 18
coûts de main d'oeuvre 645 484
matériau de litière 773 540
total 1 418 1 114

Conclusion : 304 € d'économie par cheval et par an

Compte tenu des coûts de litière à la hausse et des pénuries à prévoir pour s'approvisionner en litière de bonne qualité, beaucoup de détenteurs de chevaux sont à la recherche de solution alternatives en matière de litière. Dans une évaluation globale, il faut prendre également en considération, outre les coûts de litière, les aspects d'économie de temps de travail. Les premiers résultats de l’expérience pratique décrite dans cet article montrent un avantage en termes de coûts de plus de 300 euros d'économie/cheval/an pour le système "revêtement de sol souple en combinaison avec une quantité de litière réduite". Dans ce système, la litière remplit seulement le rôle d'absorbeur d'humidité, les autres fonctions du sol dans le box (antidérapance, souplesse et isolation thermique) étant durablement remplies par un revêtement de sol souple en caoutchouc. Au cours de cet essai de terrain, nous n’avons constaté aucune conséquence négative en matière d’ambiance et d’hygiène de l'écurie.

Prof. Dr. Barbara Benz, B.sc Benjamin Benitz, Prof. Dr. Konstanze Krüger et Prof. Dr. Dirk Winter, Université de l'économie et de l'environnement Nürtingen-Geislingen

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